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Entraînement, préparation de course, retours de terrain.
Le 24 avril 2026, j'ai pris le départ de l'Ultra-Trail du Mont Fuji, au Japon : 170 km et 7 500 m de dénivelé positif. J'ai terminé 13e sur 2 200 partants, en 21 h 45.
Le résumé en 6 diapositives. Faites défiler latéralement →






L'objectif de cette course était la durabilité : éviter un départ trop rapide sur un parcours qui compte beaucoup de parties roulantes. J'ai étudié le profil, regardé plusieurs vidéos de la course et surtout reconnu le terrain trois semaines avant le départ. Je voulais savoir quel effort mettre à quel endroit, et quand manger : pas de gel dans une descente raide, par exemple. Connaître la fin du parcours compte aussi beaucoup pour moi. Je ne sais pas l'expliquer scientifiquement, mais l'effet sur ma gestion de course est très net. Seuls les 25 premiers kilomètres, annoncés plats et descendants, m'étaient inconnus.

Le départ est donné à 17 h. Mon plan visait 22 h 40, avec de la marge : je cours sans assistance, donc il me sert surtout à gérer ma nutrition, notamment les glucides. Je porte tout mon ravitaillement, environ 5 kg, jusqu'au kilomètre 113, le seul point de délestage. Je suis convaincu de pouvoir passer sous les 22 h si tout se passe bien.
Le départ est rapide, comme souvent. Je ne me fais pas embarquer, malgré un début plus montant que prévu. Après quelques kilomètres, je rejoins la première femme, une des favorites, déjà 3e de l'UTMB par le passé, et je cale mon allure sur la sienne. Nous arrivons presque ensemble au premier ravitaillement, frontales déjà allumées : kilomètre 26, 2 h 11 de course, 1 minute de retard sur mon plan. Je repars avec de très bonnes jambes, en 35e position.
La nuit est tombée, le brouillard s'épaissit. La première grosse difficulté, une montée raide de 1 500 m que j'avais reconnue, se passe très bien : je reprends une dizaine de coureurs. Puis ma frontale s'éteint, avant 21 h. Faux contact : changer la batterie ne sert à rien. Je garde mon sang-froid et je passe sur ma lampe de secours, qui tient 2 h 30 et devra me suffire pour toute la nuit. Dans le brouillard, même à pleine puissance, elle ne me permet pas d'avancer dans les descentes. Je me perds deux fois, et ma montre me signale chaque écart par rapport à la trace.
Je m'accroche à un coureur japonais et nous faisons le chemin ensemble jusqu'au deuxième ravitaillement. En repartant, je ne vois même pas par où continuer : j'attends un poursuivant. Je sais que trois bosses raides arrivent et je veux retrouver mon acolyte dès la première montée, pour éviter les descentes seul avec ma faible lumière. Je le rattrape en haut. Au troisième ravitaillement, je demande désespérément une lampe et je perds 5 à 6 minutes sans en obtenir. Je suis 18e. Je change de compagnon : un des favoris, dans le dur après un départ trop rapide. Puis un Britannique nous rattrape, je profite de sa lampe et nous faisons le reste de la nuit ensemble, notamment sur une longue partie plate où je bénéficie de ses qualités de coureur.
Le jour se lève au quatrième ravitaillement, kilomètre 97. J'ai 5 minutes de retard sur mon plan malgré les mésaventures de la nuit. L'objectif était d'être encore à peu près frais ici, c'est le cas. J'ai 100 km dans les jambes et je suis 12e. Le brouillard, le froid et la perte de ma lampe si tôt n'étaient pas prévus : l'ultra, c'est aussi savoir s'adapter. Je prends 4 minutes pour manger chaud, la nuit a été froide, et je repars seul. Le Britannique part devant, il finira 7e.
Je reste en maîtrise de mon cardio depuis le départ. J'arrive au point de délestage, kilomètre 113, en 13e position et en avance sur mon plan, mais j'y passe 17 minutes : j'ai froid, je me change entièrement, et je perds beaucoup de temps à aller chercher puis reposer mes affaires et à manger. Sans personne pour faire mon ravitaillement, le coût est énorme. Au ravitaillement suivant, je perds encore 12 minutes : mon sac est déraillé et je ne peux plus le fermer. Je demande de l'aide, on ne se comprend pas, une séance de mime s'engage et finit par fonctionner. Je ne panique pas. Deux coureurs me doublent, mais je connais la suite : ça monte fort, et j'ai gardé de l'énergie pour cela.

Je redouble un coureur et je fais une belle montée jusqu'au septième ravitaillement, avec 11 minutes d'avance sur mon plan. Reste une montée très raide, puis une descente raide. Dans la montée, je connais un passage à vide : je dois m'asseoir trois fois, à quelques centaines de mètres d'intervalle. Dans une montée très technique équipée d'une corde, je vois deux poursuivants, dont la première femme. Je ne veux pas revivre ces fins de course où l'on se fait doubler. J'accélère, parce que je sais exactement ce qu'il me reste. Je m'alimente bien et j'arrive au dernier ravitaillement en 14e position, avec 15 minutes d'avance.
Là, je décide de tout donner : 60 g de glucides d'un coup, je connais la fin et ça me correspond. Je suis bien, même très bien. Il reste une grosse montée, je dépasse le 13e sans difficulté et je me mets en chasse du 12e. Je vole littéralement sur cette fin de parcours, sans réussir à combler l'écart. Je signe le deuxième meilleur temps du dernier tronçon et je reprends beaucoup de temps à tout le monde. J'arrive en 21 h 45, 13e de cet ultra mythique, avec près d'une heure d'avance sur mon plan.
Il me reste un point important à travailler : le temps passé aux ravitaillements. J'y ai perdu plus de 50 minutes en tout. Si l'on regarde le temps de course pur, sans les pauses, j'ai le 10e temps. C'est dommage, et c'est là que se trouve ma plus grosse marge de progression. Le détail est dans la présentation ci-dessus, diapositive « Le gouffre logistique ».
Je suis très content de cette course : d'avoir su me défaire des aléas qui me sont tombés dessus et de l'avoir gérée presque intégralement sous mon seuil ventilatoire 1. Cela m'a donné un rythme continu et m'a permis d'accélérer au kilomètre 148. C'est la démarche que j'applique dans mon accompagnement : un plan construit avant la course, une reconnaissance du terrain quand elle est possible, un débrief chiffré après. Tu prépares un ultra ? Écris-moi à benjamin@epikour.fr.

